LE GUI

 

Quant au gui, on trouve l'usage de cette plante dans la mythologie nordique : le dieu Balder, divinité de la lumière et du printemps, ayant été tué par son frère, l'aveugle Hödur, dont le bras était armé d'un rameau de gui. Mais la tradition du gui remonte aux Celtes pour qui 2 ennemis réunis par hasard sous une boule de ce feuillage ne pouvaient que laisser tomber les armes et faire la trêve sinon la paix. Ils lui attribuaient aussi des vertus thérapeutiques autant que magiques. Pline l'Ancien décrit, dans son Histoire Naturelle, comment les druides cueillaient cette plante sacrée nommée le gui " d'un nom qui signifie celui qui guérit tout " car ils lui attribuaient le pouvoir de guérir et il était pour eux le symbole de l'immortalité (Aujourd'hui, on dit même que sa racine agit sur le système nerveux).

Le jour de la cueillette du gui, au solstice d'hiver, le soleil, comme libéré, semblait renaître. De plus, accroché à leur porte, il devait protéger des maléfices et assurer la fécondité des femmes et l'abondance des récoltes. Promettant ainsi le renouveau de la nature. Par ailleurs, il n'y a pas si longtemps, les quêteurs parcouraient les rues, s'arrêtant de maison en maison en psalmodiant quelques refrains où on reconnaît le "An gui l'An neuf " duquel est resté l'habitude de donner son obole au gardien, aux éboueurs, pompiers ou scouts. Reste aussi la tradition de suspendre une boule de gui au soir du 31 décembre jusqu'à l'Epiphanie afin de protéger la maison de toute influence maléfique où de s'embrasser et prononcer les vœux traditionnels.

On réserve le 1er baiser à la personne aimée ou à la maîtresse de maison puis on embrasse les autres. La coutume veut que les souhaits formulés sous le gui aient toutes les chances de se réaliser et les amours de durer.

Quand une plante "branchée" vous souhaite la bonne année...

Le jour de l’an, vous serez probablement nombreux à échanger un baiser sous une boule de gui : signe d’amitié et de félicité. Pourquoi " Au gui, l’an neuf ? " Que savons-nous de cette drôle de plante ? Pourquoi ne la trouve-t-on pas nos régions ?

Enquête avec Anicet Fraselle, le druide du verger de conservation de Tronquoy.

Curieuse plante, en vérité, que ce gui ! On pourrait même dire en fait qu’il s’agit d’une espèce extraterrestre, dans tous les sens du terme. Le gui est un arbrisseau incapable de vivre dans le sol, faute de racines, et est donc condamné à vivre un peu comme le corbeau de la fable, sur un arbre perché... Le commun des mortels colle au gui l’étiquette de " parasite " mais prudence : "On devrait plutôt dire qu’il est semi-parasite " précise Anicet. " C’est vrai que le gui puise de la sève brute à l’arbre sur lequel il s’est fixé, mais contrairement aux végétaux totalement parasites, cette espèce contient - et en grosse quantité - de la chlorophylle qui lui permet de réaliser la célèbre photosynthèse ". Une hypothèse, en cours de vérification, avancerait même l’idée que le gui pourrait renvoyer à l’arbre qui l’accueille, des sèves élaborées, riches en substances nutritives. En tout cas, les vieux paysans des bocages de Normandie, eux, clament haut et fort : " Qui coupe le gui, crève l’arbre! ".

La branche ou la mort...

Que l’on musarde chez nos voisins de Gaume ou de Famenne, le gui est abondant. Par contre, nulle trace de lui en Ardenne... " Je pense qu’il y a deux raisons à cela ", réfléchit Anicet : " Tout d’abord, notre sol - contrairement à celui des régions voisines - ne contient pas de calcaire. Ensuite, les trop importantes variations de température que connaît le climat ardennais doivent également être un des facteurs expliquant son absence dans nos régions ". Regrettable cette absence ? Tout dépend si l’on se place du côté de l’arboriculteur ou du poète... Le gui n’est pourtant réellement préjudiciable aux arbres qui le portent, que dès le moment où les touffes deviennent trop nombreuses et affaiblissent - parfois jusqu’à la mort - leurs hôtes. Ceux-ci, en Europe, sont au nombre de 175 espèces d’arbres différentes susceptibles d’accueillir le rameau d’or : robinier, saule, aubépine, tilleul, sorbier, tremble et surtout pommier et peuplier de culture sont les "victimes favorites" de la petite boule vampire. D’autres espèces, par contre, lui sont hostiles : le hêtre lui semble complètement étranger, le gui semble toujours fort rare sur les frênes, les poiriers, les charmes, les noisetiers, les bouleaux ... et les chênes. " Je défie quiconque de m’emmener au pied d’un chêne en Belgique porteur de gui " clame Anicet. " Nous connaissons tous cette fameuse cérémonie, décrite par Pline l’Ancien, au cours de laquelle les druides gaulois cueillent le gui sur des chênes à l’aide d’une faucille en or. Je suis persuadé, qu’il ne s’agit pas du chêne pédonculé mais d’une autre espèce, de souche méditerranéenne ". Une chose est certaine, elle, c’est qu’au cours de cette fameuse cueillette du gui, le sixième jour de la Lune, le druide vêtu de blanc clamait : " O Ghel an Heu " c’est-à-dire : " Le blé germe! " Car le solstice d’hiver est le temps où le soleil va renaître - et la nature avec lui - symbolisée ici par le grain de blé. C’est cette expression celtique, qui de déformation en déformation, a donné au Moyen Age, alors que le sens profond du rite s’était perdu, le célèbre " Au gui l’an neuf! ". Expression d’ailleurs répétée jadis par les enfants pauvres qui allaient frapper à la porte des gens aisés le jour de l’an pour obtenir quelque aumône.

Thierry Gridlet

RNOB Famenne & Ardenne

Alors qu’une feuille d’arbre ordinaire vit environ six mois, la feuille de gui vit un an et demi. Elle ne tombe que pendant l’été de l’année qui suit sa naissance. A l’époque, de nouvelles feuilles ont déjà pris la relève depuis au moins quatre mois et c’est pourquoi le gui, arbrisseau à feuilles caduques, reste perpétuellement vert.

. A l’âge de trente ans, un arbre mesure 10 à 20 m de haut... Le gui, lui, ne fait encore que 80 cm à 1 m de diamètre.

. Une boule de gui peut vivre jusqu’à l’âge de trente-cinq ans. Elle fabrique pendant cette période plus de 30 000 baies (petits fruits ronds d’abord verdâtres qui prendront, après sept mois environ, une étonnante coloration qui les feront ressembler à des globes lumineux en verre opalin) dont une ou deux seulement - et grâce à la dissémination effectuée principalement par la fauvette à tête noire et la grive draine - donneront naissance à de nouvelles boules de gui.

. Le gui a fait don de deux adjectifs à la langue française : " gluant " vient de " glu "; " visqueux " dérive de " viscum ", le nom latin du gui. En fait, sous l’enveloppe nervurée de la baie du gui, se cache une substance pulpeuse et limpide : la viscine. C’est avec ce composant naturel que l’on fabriquait jadis la glu ... servant à capturer les petits oiseaux. Plaute, écrivain latin, constatait : " La grive, en répandant le gui, aide à la production de la glu grâce à laquelle elle sera capturée... ". A bon en-tendeur salut...

. Depuis les années 20, on s’intéresse de plus en plus sérieusement à une propriété capitale que semblerait détenir le gui : celle de lutter - avec une certaine efficacité - contre les tumeurs cancéreuses.

. Anicet Fraselle tire la sonnette d’alarme : après les mousses pillées dans nos forêts, ce serait maintenant le tour du houx et du gui d’être, à grand coup de semi-remorques, expédiés dans des magasins de décoration florale...

 

Le Cri de l’homme des bois

Dans la forêt de Brocéliande, à ce que l’on raconte, ceux qui s’égarent dans des sentiers qui ne mènent nulle part, entendent parfois un cri au travers des feuillages. Mais seuls ceux qui savent sont capables de comprendre les paroles qui se cachent au plus profond de ce cri. Ils savent en effet que c’est le Brai de Merlin, et que Merlin, prisonnier d’une tour d’air invisible, délivre à tous ceux qui le méritent un message de sagesse et de plénitude.

Qui est donc ce Merlin qui a l’audace de s’introduire ainsi dans nos consciences ? Personnage des célèbres "romans de la Table Ronde" devenu folklorique, "enchanteur" et devin popularisé par les contes et par les films, souvent dénaturé dans son essence, il est cependant l’image surgie de la nuit des temps de celui qui fait le lien entre le Ciel et la Terre, entre l’invisible et le visible, entre l’énergie divine et la mission créatrice de l’être humain. C’est le Fou du Bois, celui qui vit dans la clairière sacrée, le nemeton celtique, à la fois homme et démon (parce que fils d’un diable et d’une pure jeune fille), doué des dons de prophétie et de thaumaturgie. Mais dans son apparente folie, dans son exil solitaire – qu’il a accepté par amour pour une femme, la fée Viviane -, il nous montre le chemin qui mène, à travers l’enchevêtrement des arbres, à la découverte des grands secrets de la nature naturante.

Merlin est en effet à la charnière de deux mondes, le monde chrétien du haut Moyen Age et le monde dit "païen", donc druidique dans ce cas particulier. Roi d’une tribu des Bretons du Nord de la Grande-Bretagne (exactement en basse Ecosse, dans la forêt de Kelyddon (Caledonia), entre Carlisle et Glasgow), il serait devenu fou au cours d’une bataille parce qu’il avait vu "le ciel lui tomber sur la tête", et se serait réfugié dans la forêt, prophétisant à qui voulait l’entendre et parlant non seulement avec les animaux sauvages, mais avec les végétaux, les chênes, les bouleaux et les pommiers en particulier. Merlin connaît donc le langage des oiseaux et celui des arbres, restituant ainsi les temps primitifs de l’Age d’Or, autrement dit l’Eden de la Génèse, quand les humains, les animaux et les végétaux vivaient en bonne intelligence et en toute compréhension. Merlin, sous son aspect légendaire largement répercuté dans la littérature, est donc l’image parfaite du druide primordial, celui qui est dépositaire de la tradition primitive, oubliée – ou dispersée – depuis la fâcheuse aventure de la Tour de Babel.

Et que nous dit-il dans son cri, son "brai" ?

Les choses les plus simples. Mais la simplicité est plus difficile à faire admettre que la complexité qui nous entoure quotidiennement. Le "brai" de Merlin équivaut aux lamentations de Cassandre, que personne ne veut écouter et dont tout le monde se moque. Il nous dit que l’être humain fait partie d’une totalité, d’un univers infini, et que nous appartenons à une "fraternité universelle des êtres et des choses". De nombreux poèmes celtiques mettent en valeur ce passage de l’être par tous les stades de l’existence et donc de la conscience. C’était la thèse soutenue et répandue par les druides, qu’ils fussent gaulois, bretons ou irlandais, eux qui refusaient de pratiquer leurs énigmatiques liturgies dans des temples bâtis (comment oser enfermer le divin, infini par essence, entre des murs nécessairement finis ?) et préféraient prononcer leurs incantations au milieu des forêts, en pleine nature, en contact direct avec les énergies divines qu’ils ressentaient dans le végétal. La tradition celtique est remplie d’allusions à la puissance végétale, capable de déplacer des montagnes et de transformer des mondes, comme le dit si bien Chateaubriand dans ses délires d’adolescence. Le rituel de la cueillette du gui, relaté avec force détails par le latin Pline l’Ancien – et que malheureusement on lit de travers en en tronquant l’essentiel -, est un de ces chemins que Merlin s’efforce de nous indiquer dans la nuit qui nous aveugle.

Qu’en est-il en effet de cette cueillette du gui trop souvent vue à travers le miroir déformant des manuels scolaires les plus réducteurs ?

Dans toute l’antiquité, le chêne a été le symbole de la puissance divine. Pline l’Ancien nous dit que les druides cueillaient le gui sur un chêne ou tout arbre considéré symboliquement comme un chêne. Cette précision est importante, puisque le gui se trouve surtout sur les pommiers et les peupliers, et seulement sur une rare variété de chênes. Mais qu’importe, Pline ajoute qu’avec le gui ainsi recueilli dans des conditions spéciales, les druides élaboraient une "panacée", une sorte de "potion magique". Le symbole est clair : le chêne est la divinité ; sa sève est le sang de Dieu ; le gui se nourrit de la sève du chêne, donc du sang de Dieu. Comment ne pas penser au mythe ultérieur du Saint Graal, ce vase d’émeraude qui contient le sang du Christ, le Dieu incarné ?

Dans toutes les langues celtiques, le mot "vidu" qui signifie bois, végétal (d’où le breton-armoricain "koad" et le gallois "coed") provient de la même racine que tous les mots qui expriment la connaissance. Il semblerait que, dans la tradition celtique, toute connaissance – et donc toute puissance – soit liée au végétal. Et l’on sait que les druides officiaient au milieu des forêts, qu’ils enseignaient leur doctrine au milieu des forêts. Et Merlin est le "Fou du Bois", le rustre qui parle le langage des animaux et des végétaux. La religion druidique, d’après ce que l’on en sait, est une exaltation de la Nature. Mais il y a un corollaire : la Nature est un don de Dieu, à notre disposition, qui nous donne la puissance et parfois la gloire. Mais si la nature est un don de Dieu, elle est respectable, vénérable, adorable. Dans la clairière sacrée, le nemeton, s’établissent les échanges subtils entre le Ciel et la Terre. De cet échange naît toute vie. La Nature, dépositaire de la puissance divine, est sacrée. Ne pas le reconnaître serait un sacrilège. Tel est le message ultime que nous délivre Merlin, le "Fou du Bois", dans la tour d’air invisible où, par amour, il s’est laissé enfermer par la fée Viviane, la mystérieuse Dame du Lac, image impérissable de la Déesse des Commencements, celle qui était, celle qui sera.

Ecoutons donc, le soir, dans la forêt de Brocéliande, qui est partout et nulle part, le "brai de Merlin". Et surtout, efforçons-nous de comprendre son message venu d’ailleurs. Il y va non seulement de notre survie, mais de notre vie.

Jean Markale

 

Le Chêne à gui

L'homme a toujours vénéré le chêne. Représentant du maître des dieux, chez les Romains, les Celtes ou les Germains, c'était le plus sacré des arbres. "Lorsqu'au détour d'un sentier dans la forêt, on se trouve face à un Rouvre plusieurs fois centenaire, on peut comprendre le sentiment qui conduisit les hommes à rendre un culte à ce géant, tant s'imposent sa majesté,..., la force de ses branches noueuses, grosses comme des arbres, la puissance de sa cime (1)"

Le chêne à gui était l'arbre des druides.

Pline (2) raconte la cueillette du gui en ces termes : "Les druides n'ont rien de plus sacré que le gui et l'arbre qui le porte, pourvu que ce soit un rouvre. Le rouvre est déjà par lui-même l'arbre qu'ils choisissent pour les bois sacrés, et ils n'accomplissent aucune cérémonie sans son feuillage (...) On trouve très rarement du gui et, quand on en a découvert, on le cueille en grande pompe religieuse"



Les druides ont apparemment disparu, mais les croyances en la valeur du gui de chêne sont toujours présentes, au-delà des interrogations scientifiques que suscitent la rareté du parasite sur cette essence et les valeurs curatives dont il semble porteur.

Concernant la localisation de ces êtres mystérieux, le secret est encore aujourd'hui bien gardé...

On trouve de nombreuses allusions aux druides dans toute la littérature antique.

Le texte le plus complet se trouve chez César (Guerre des Gaules, VI, 13-14) :

" Partout en Gaule, il y a des classes d'hommes qui comptent et sont considérés. [...] L'une est celle des druides, l'autre celle des chevaliers. Les premiers s'occupent des choses de la religion, ils président aux sacrifices publics et privés, règlent les pratiques religieuses [...] tranchent presque tous les conflits entre États et particuliers. [...] Chaque année, à date fixe, ils tiennent leurs assises à un lieu consacré, au pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule. [...] On croit que leur doctrine est née en [Grande] Bretagne; [...] de nos jours encore ceux qui veulent en faire une étude approfondie vont s'instruire là-bas. Les druides s'abstiennent habituellement d'aller à la guerre et ne paient pas d'impôt. [...] Attirés par de si grands avantages, beaucoup viennent spontanément suivre leurs leçons. [...] On dit qu auprès d'eux ils apprennent par coeur un nombre considérable de vers. Aussi plus d'un reste-t-il vingt ans à l'école. Ils estiment que la religion ne permet pas de confier à l'écriture la matière de leur enseignement. [...] Le point essentiel de leur enseignement, c'est que les âmes ne périssent pas mais qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre; ils pensent que cette croyance est le meilleur stimulant du courage. [...] En outre, ils se livrent à de nombreuses spéculations sur les astres, [...] sur les dimensions du monde, [...] sur la nature des choses, [...] sur la puissance des dieux et sur leurs attributions. "

César s'intéresse surtout au rôle social et politique des druides : membres de l'aristocratie, ils détiennent le monopole de l'enseignement et d'importants pouvoirs en matière de justice, dans une Gaule divisée par les rivalités entre cités et factions, où le clergé apparaît comme la seule institution unitaire.

Le message de César paraît clair : s'apprêtant à quitter la Gaule, fin 52 ou courant 51 av JC, époque de la rédaction finale de son ouvrage, il met en garde la future administration romaine sur les dangers que peut représenter cette force d'opposition.

Effectivement, le druidisme va bientôt être persécuté par Auguste, Tibère, et enfin Claude. Notre principale source sur ce sujet est Suétone, dans ses Vies des douze Césars :

" Il [Claude] abolit complètement en Gaule la religion atroce et barbare des druides, qui, sous Auguste, avait été interdite aux seuls citoyens. "

Claude, à partir de 43, se lance dans la conquête de la Grande-Bretagne, terre d'origine et foyer du druidisme : il entend assurer ses arrières en Gaule.

Quant à l'image, encore banale aujourd'hui dans la bande dessinée, du druide cueilleur de gui, en robe blanche, elle nous vient de Pline l'Ancien, qui dédie à Titus, en 77 ap JC, à une époque où le druidisme a disparu, son Histoire naturelle. Au livre XVI, chapitre 94, où il est question de la glu, déjà utilisée pour la capture des oiseaux, et que l'on tire des baies du gui blanc poussant sur les chênes, vient en conclusion le passage célèbre :

" Les druides - c'est le nom qu'ils donnent à leurs mages - n'ont rien de plus sacré que le gui et l'arbre qui le porte [...] et [...] ils n'accomplissent aucune cérémonie religieuse sans son feuillage. [...] C'est un fait qu'ils regardent tout ce qui pousse sur cet arbre comme envoyé du ciel. [...] On trouve très rarement du gui et, quand on en a découvert, on le cueille en grande pompe religieuse. [...] Ils l'appellent dans leur langue "celui qui guérit tout". Ils préparent au pied de l'arbre un sacrifice et un festin religieux et amènent deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte dans l'arbre, coupe le gui avec une serpe d'or et le reçoit sur un sayon blanc. Ils immolent ensuite les victimes. [...] Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fécondité à tout animal stérile, qu'il est un remède contre tous les poisons. Tant les peuples mettent d'ordinaire de religion dans des objets frivoles!"

Il est inutile d'insister sur le caractère exceptionnel de la cérémonie. L'image, pourtant restée bien vivace, du druide vêtu d'une robe blanche comme d'un uniforme, ne repose sur rien d'autre que ce texte. Tout laisse penser qu'en temps normal, les druides étaient habillés comme tout le monde, et montaient à cheval comme tous les aristocrates gaulois. L'importance du chêne, ou des feuilles de chêne, dans leurs cérémonies, est peut-être exagérée par Pline, influencé par la fausse étymologie qui rattache leur nom à drus, le " chêne ", en grec ; or on estime aujourd'hui que le mot signifie les " très savants ", en rapport avec une racine " wid " qu'on retrouve dans le latin " video " (je vois, je sais). En fait, la cueillette du gui à usage médicinal a surtout une finalité pratique, et Pline lui-même (XXIV, 12) nous apprend que les Romains aussi cueillaient le gui, le récoltaient sur une toile tendue, et croyaient qu'il guérissait la stérilité des femmes ; mais eux qui n'étaient pas des Barbares n'y mettaient pas de " religion "...

D’après l’Histoire n° 176. J-L Cadoux.

 

 

Gui

Description :
Le gui est un arbrisseau semi-parasite s'implantant sur l'écorce des arbres. Sa tige s'enfonce dans le bois de la branche qui le supporte, formant une sorte de suçoir. Cette tige, de 40 à 80 centimètres, se divise dès la base en de nombreux rameaux articulés, diffus, rudes au toucher qui forment une touffe globuleuse. Les feuilles, opposées, épaisses, charnues, oblongues, vert jaunâtre, sont marquées de nervures parallèles. Les fleurs, vert jaunâtre, sont groupées à l'aisselle des feuilles, elles donnent des fruits ronds, blancs, charnus, qui renferment une ou deux graines.

Culture et récolte :
Le gui puise dans l'arbre la sève nutritive, sans avoir abandonné pour autant la capacité de faire la photosynthèse, donc de s'alimenter de manière autonome : ce n'est donc qu'un semi- parasite.
Cet arbre miniature est en effet dépourvu de racines et n'a par conséquent aucune chance de se fixer dans le sol. Il pousse extrêmement lentement, de sorte qu'il est impossible de connaître son âge en calculant les cernes de son petit tronc, comme on le fait pour la plupart des arbres et arbustes.

Sa croissance est parfaitement dichotomique : chaque rameau produit une nouvelle ramification chaque année. Il suffit donc de calculer le nombre des ramifications pour connaître l'âge de la touffe. Le gui peut atteindre 30 à 40 ans. Quand aux feuilles, elles tombent lorsqu'elles ont deux ans environ, mais sans tenir compte du cycle des saisons, de sorte que chaque feuille vit indépendamment de sa voisine. La touffe renouvelle donc ses feuilles en permanence et l'arbre reste toujours feuillé, été comme hiver. Commun dans toute l'Europe, le gui est parasite d'un grand nombre d'arbres ( pommier, peuplier...) mais il se fixe rarement sur le chêne et le châtaignier.
La baie du gui se colle sur les branches, les oiseaux ( la fauvette à béret vert et la grive ) assurent le transport de ses graines. Les feuilles sont récoltées en août, septembre, avant la formation des fruits ; séchez-les en couches minces dans des endroits secs.

Un peu d’histoire :
Le culte de ce semi-parasite éternellement vert et prospère remonte à la nuit des temps. Le gui de chêne ou de châtaignier était vénéré chez les celtes, les germains, les grecs, les romains. Partout la plante se trouvait associée à une multitude de légendes et de traditions populaires.
La cueillette du gui, était, dans le culte druidique, l'objet de grandes solennités. Elle se faisait quand la lune est dans son sixième jour de croissance à la période du solstice d'hiver, c'est à dire aux environs de Noël : depuis cette époque, le gui est toujours présent chez nous à Noël et au jour de l'An. En tranchant la touffe de gui, l'officiant clamait : "O ghel an hem", c'est à dire :"Le blé germe", car le solstice d'hiver est le temps où le soleil va renaître et la nature avec lui. C'est cette expression celtique qui, de déformation en déformation a donné au Moyen Age, lorsque le sens profond du rite s'était perdu, le célèbre "au gui l'An neuf !".
Pourquoi le sixième jour ? parce que depuis les Chaldéens, le sixième jour était sacré ; dans la Bible aussi, Dieu crée l'homme au sixième jour. Usages :
Dans la médecine d'autrefois, il était l'antispasmodique type, spécifique de l'épilepsie, des convulsions, de l'apoplexie.
Actuellement il est utilisé dans le traitement de l'hypertension artérielle, dans l'artériosclérose, les troubles nerveux du cœur, les hémorragies, l'hémoptysie ( 20 grammes de feuilles coupées en morceaux pour un demi litre d'eau ; faire macérer à froid toute la nuit et boire dans la journée 2 à 3 verres par jour avant les repas ). A l'extérieur, les cataplasmes chauds de feuilles et de baies, bouillies quelques minutes dans de l'eau ou du lait, calment les douleurs de la goutte et des rhumatismes.

La cueillette du gui

Au solstice d'hivers, le cortège des druides se dirige vers le chêne sur lequel a poussé la plante sacrée.

Ayant fait trois fois le tour du lieu rituel, le druide officiant s'arrête face au Nord, trace de son épée le cercle solaire sur le sol et donne l'ordre que soit sonné la trompe aux quatre points cardinaux en disant "Y à t'il la paix en Celtique "

Puis l'officiant, armé d'une faucille, se dirige vers l'arbre et rappelle le sens du rituel, de cette résurrection symbolique.

Les Druidesses placent sous la branche un linge blanc, après avoir tracé le signe sacré de la croix celte en disant "Esprit bienfaisants et âmes des Celtes".

Puis l'officiant coupe la touffe de gui en clamant "O Ghel an Heu", qui signifie "Le Blé lève", et non "Au gui l'an neuf".