Le gorille, le phoque et … l’homme : l’argent, le profit tuent


Chute de 70% de la population des gorilles de plaine de l'Est en RDCongo
PARIS (AFP), le 31-03-2004

La population des gorilles de plaine orientaux, "cousins" des célèbres gorilles de montagne, aurait connu en République Démocratique du Congo (RDC) une baisse de 70 % en dix ans, a annoncé mercredi l'organisme américain Conservation International (CI) dans un communiqué.
Selon cet organisme, leur population serait passée de 17.000 individus en 1994 à moins de 5.000 aujourd'hui.
Chimpanzés, crocodiles du Nil, phodèles de Prigogine (ou chouettes du Congo), okapis et panthères sont également concernés dans cette région connue sous le nom de Maiko Tayna Kahuzi-Biega, accablée par des années de guerre et marquée par une chasse excessive, des activités minières et une surpopulation humaine.
Pour Juan Carlos Bonilla, responsable d'Afrique centrale au CI, "la fulgurante disparition" de cette sous-espèce de gorilles de l'Est reflète "l'alarmant déclin de tout un écosystème". Néanmoins, il se félicite des efforts conjoints actuels qui réunissent de nombreux acteurs, allant des chefs tribaux aux organisations non gouvernementales, et qui représentent "une collaboration sans précédent pour préserver la région."
Dans le cadre de la réalisation d'un plan de trois ans, le CI et le Global Conservation Fund (GCF) ont décidé d'accorder une aide de "plusieurs millions de dollars" au Fonds International Dian Fossey pour la Conservation des Gorilles (DFGFI).
La région de Maiko Tayna Kahuzi-Biega, qui est protégée "sur le papier" depuis 1938 mais ne bénéficie d'aucune réelle protection, recèle 97 % de la population des gorilles de plaine orientaux (ou gorilles de Grauer).

La chasse aux phoques enflamme à nouveau les passions au Canada
MONTREAL (AFP), le 02-04-2004

L'intensification de la chasse aux phoques sur la côte Est du Canada provoque une nouvelle vague de dénonciations indignées des organisations internationales de défense des animaux, plus de trente ans après les premières campagnes contre la chasse aux bébés "blanchons".
Ces protestations menées en Europe par l'actrice Brigitte Bardot ont abouti en 1987 à l'interdiction de la chasse aux phoques du Groënland (pagophilus groenlandica) de moins de douze jours, qui sont encore blancs et n'ont pas mué.
Aujourd'hui, les défenseurs des animaux --avec Leonardo DiCaprio ou la riche héritière américaine Paris Hilton en porte-drapeaux-- veulent mettre fin à la chasse commerciale des phoques.
"C'est le plus grand et le plus cruel des massacres de mammifères marins de la planète", affirme sur son site internet le Fonds international de protection des animaux (IFAW).
Des organisations comme la "Humane Society" et la "Sea Shepherd Society" ont repris la lutte après la décision du Canada d'autoriser l'an dernier, pour trois ans, la chasse de près d'un million de phoques, essentiellement du Groënland.
En 2003, environ 298.000 animaux ont été abattus, nombre qui devrait atteindre 350.000 cette année, a affirmé Roger Simon, directeur du bureau du ministère des Pêches et Océans, aux Iles-de-la-Madeleine.
Cet archipel québécois du golfe du Saint-Laurent constitue la principale zone de chasse, avec la côte Est de Terre-Neuve.
Pratiquée en ce moment, à la fin de l'hiver, la chasse procure un gagne-pain de quelque 20 millions de dollars (15 M USD) par année à 12.000 chasseurs, surtout des pêcheurs inactifs en cette saison. Certains "font plus de 100.000 dollars par semaine", (75.000 dollars US), selon M. Simon.
Selon lui, les phoques ne sont pas en danger puisque leur population est passée d'environ 1,8 million de têtes en 1970 à plus de 5,2 millions.
Mais l'IFAW s'indigne que "95% des phoques tués ont moins de trois mois", quand leur fourrure est intacte, et que des chasseurs les dépècent parfois avant même de les avoir tués.
"Alors qu'un chasseur commençait à découper le phoque, celui-ci se mettait à bouger en tous sens. Le chasseur, voyant que l'animal était encore vivant, recommençait à le frapper à coups de gourdin", affirmait-elle dans un communiqué la semaine dernière.
En fait, "le loup-marin --nom québécois du phoque-- réagit comme une poule quand on lui coupe le cou, il semble prêt à se sauver à la nage, mais son cerveau est cliniquement mort et son coeur ne bat plus", assure Roger Simon.
Selon Pêches et Océans, "98% des phoques du Groenland" sont abattus selon des pratiques "conformes aux principes de la chasse sans cruauté".
L'IFAW affirme pourtant avoir présenté au ministère "des vidéos prouvant plus de 660 infractions probables au règlement canadien sur les mammifères marins", sans qu'aucune poursuite n'ait été engagée.
"C'est totalement absurde", rétorque M. Simon en rappelant que selon la loi, une vidéo ne peut être acceptée comme preuve que si elle est présentée par la personne qui l'a tournée et à condition qu'elle n'ait pas été "montée ou manipulée".
L'IFAW lutte aussi contre la commercialisation de l'huile de phoque, riche en acide gras oméga-3. "C'est très bon, ça fait deux ans que j'en prends et mon taux de cholestérol est parfait", dit M. Simon.
Même le tourisme prête à polémique : la Sea Shepherd Society a lancé une campagne contre une entreprise des Iles-de-la-Madeleine qui propose des forfaits d'observation sur la banquise à des touristes japonais, européens et américains.
"Ils me reprochent d'embaucher certains chasseurs comme guides. Ce sont mes meilleurs", dit le président de cette entreprise, Jean-Yves Thériault.

En Inde, des tribus oubliées pourraient disparaître à cause du tourisme
PORT BLAIR (Inde) (AFP), le 01-04-2004

Certaines tribus indigènes de l'archipel d'Andaman, dans le golfe du Bengale, dont les origines laissent encore perplexes les anthropologues, sont aujourd'hui menacées de disparition par les contacts avec l'extérieur et le développement du tourisme.
Six groupes de population aborigène sont établis sur les îles d'Andaman et de Nicobar, à l'est de l'Inde. Parmi eux, deux tribus, qui vivent encore à l'Age de pierre - les Jarawas et les Sentineleses - sont pratiquement coupés du reste du monde depuis des millénaires, à l'abri de toutes les menaces des civilisations modernes.
De nombreux scientifiques considèrent aujourd'hui que les Sentineleses, guère plus de 250 âmes, représentent le dernier peuple de la planète réellement indemne de tout contact avec l'extérieur
Sur les îles Andaman, ces peuplades de chasseurs survivent sans électricité, sans outils métalliques ni moyens de transports motorisés et sans mode de communication écrit.
Ne disposant d'aucune immunité contre les maladies du monde extérieur, ces populations pourraient être décimées par un virus aussi bénin que celui du rhume.
"Plus ils auront de contact avec l'extérieur, plus ce sera dangereux pour eux", explique Harry Andrews, un écologiste réputé pour sa connaissance de ces peuples. Selon lui, toute maladie extérieure peut décimer de 80 à 100 personnes. Un risque considérable compte tenu de la faible population de ces tribus.
Certaines données génétiques laissent supposer que ces aborigènes, proches des pygmées et que leur peau sombre et cheveux crépus différencient nettement de leurs voisins asiatiques, vivent dans l'archipel d'Andaman depuis 60.000 ans.
Personne ne sait exactement comment ils sont arrivés là bien que des experts estiment qu'ils sont probablement venus d'Afrique, soit par bateau, soit en transitant par l'actuelle Birmanie, lorsque le niveau des mers était plus bas.
Les Jarawas, au nombre de 400, sont particulièrement menacés par le tourisme.
Des excursions, vendues à prix d'or, conduisent les visiteurs dans des zones protégées, en empruntant une route de 340 kilomètres de long qui relie la capitale administrative des Andaman, Port Blair, au nord de l'île, dans les terres tribales des Jarawas.
Justin Anstice, anthropologue, estime non seulement que le tourisme est l'ennemi numéro un des tribus mais que de surcroît, ce type d'escapade dans les zones tribales s'apparente à de la "pornographie culturelle".
Ces incursions touristiques n'ont en effet rien apporté de bon à ces populations. Régulièrement, les Jarawas arrêtent les véhicules pour pouvoir faire un petit tour ou pour mendier des cadeaux. Mais lorsque les touristes refusent les choses dégénèrent rapidement.
Suite à des incidents violents, des gardes armés ont été affectés à la protection des convois touristiques.
Pour les scientifiques, cette route mène à la disparition. "Ils sont dans le pire état que j'ai jamais vu", a déclaré Harry Andrews à l'AFP, à propos des Jarawas. "Tant que la route ne sera pas fermée, ils n'auront aucune chance", a-t-il affirmé.

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