Ephémérides de Décembre 2012

Pleine Lune le 28 à 10 h 22 (11 h 22 locale), Nouvelle Lune le 13 à 08 h 43 TU (09 h 43 locale)

Le 1er décembre à 12 h 00, nous serons le 2 456 263éme jour du calendrier Julien

Pour les naissances, le soleil passera du signe du Sagittaire au Capricorne le 21 à 11 h 13 TU (12 h 13 locale)

30 nov/1er déc : VI At Samoni 4385 ; 9/10 déc : I Dumani 4385: mois dédié à Cernunnos et au Gui (Olliacetos). 23/24 déc : XIV Dumani : Auieoi (début des 14 jours alcyoniens) ; 24/25 déc : XV Dumani : Noxs Runas (nuit des Mystères).

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Le chocolat engendre-t-il des tueurs en série ?

Pierre Barthélémy LE MONDE, le 21 novembre 2012

            Le 10 octobre dernier est parue dans le fort sérieux New England Journal of Medicine une étude qui a fait les délices de la presse généraliste. On y apprenait qu'il existait un lien de corrélation extrêmement significatif entre la consommation de chocolat par un pays et le nombre de prix Nobel que ledit pays décrochait. L'information a eu tant plus d'écho qu'elle a été publiée pendant la semaine où les Nobel 2012 étaient décernés. Tout en expliquant qu'une corrélation ne signifie pas forcément un lien de cause à effet, l'auteur de cette étude, Franz Messerli, fait tout pour en dénicher un ! Pour ce cardiologue, tout est dans les flavanols, des molécules antioxydantes présentes dans le cacao, dont plusieurs études ont montré qu'elles améliorent les fonctions cognitives. Tout se tient : les pays où l'on mange beaucoup de chocolat font des habitants plus intelligents et ont donc plus de prix Nobel. La possibilité que le lien de cause à effet soit inversé – dans les pays les plus intelligents et donc les plus comblés en prix Nobel, on sait les vertus bienfaisantes du chocolat sur la santé et on en mange davantage – est, selon Franz Messerli, concevable mais improbable.

            Ce genre d'étude fait les choux gras de la presse et plaît beaucoup au public, notamment parce que le mécanisme présenté est à la fois astucieux et simple à comprendre. Il n'empêche : le glissement d'un simple lien de corrélation statistique à un lien de cause à effet est un exercice périlleux. La raison principale tient au fait que si X et Y sont statistiquement corrélés, cela ne signifie pas forcément que l'un provoque l'autre : X et Y peuvent parfaitement être deux conséquences de la même cause. L'exemple le plus fréquemment cité est le suivant : dans une ville, plus les gens achètent de cornets de glace, plus il y a de noyades. Le lien semble "évident" : les baigneurs gavés de glace à la vanille ou à la fraise font des malaises en se baignant et en meurent. C'est aller un peu vite. En réalité, si l'on compte plus de glaces achetées et plus de noyades, c'est avant tout parce qu'il fait plus chaud. C'est parce qu'ils recherchent la fraîcheur que les gens consomment plus de glaces et se baignent davantage que d'ordinaire... Une cause unique produit deux courbes semblables mais sans relation l'une avec l'autre. Enfin, il se peut également qu'une corrélation existe mais qu'elle soit le fait d'une pure coïncidence. Ainsi, on a pu montrer qu'il y avait une corrélation entre la répartition mondiale d'un arbre, le gommier rouge, et celles des langues tonales.

            Cette étude tendant à trouver un lien de cause à effet entre consommation de chocolat et prix Nobel a fait des émules critiques, en la personne de James Winters et Sean Roberts, deux jeunes chercheurs britanniques spécialisés en dans la science du langage et la cognition. Publiée sur leur site Internet, replicatedtypo, leur réponse à Franz Messerli est plutôt amusante. Les deux hommes ont repris la méthodologie du cardiologue et trouvé, entre autres, une magnifique corrélation entre la consommation de chocolat d'un pays et... le nombre de tueurs en série que ce pays engendre. Le côté obscur des flavanols vous apparaît subitement... Tout à coup, vous ne regardez plus votre tablette de chocolat ou votre boîte de cacao de la même façon. Va-t-il falloir les interdire ? Faisaient-ils partie du menu de Jack l'Eventreur ? Ou s'agit-il plutôt de la preuve par l'absurde que la méthodologie et les conclusions tirées dans l'étude de Franz Messerli ne sont pas des plus rigoureuses ?

            Pour James Winters et Sean Roberts, Franz Messerli a probablement tort lorsqu'il écrit qu' " il est difficile d'identifier un dénominateur commun plausible qui pourrait sous-tendre à la fois la consommation de chocolat et le nombre de lauréats du Nobel ". Quand on regarde la liste des nations les plus récompensées (par rapport à leur population), on se rend compte qu'il s'agit essentiellement de pays occidentaux, lesquels ont les moyens de se payer du chocolat, l'ont intégré à leur culture alimentaire depuis des siècles et ont souvent développé une industrie chocolatière. Et c'est le même groupe de pays qui, historiquement, a le plus investi dans la science...

            Même si les chercheurs, de par leur formation, sont habitués à se méfier du passage hâtif de la corrélation au lien de cause à effet, il arrive parfois qu'ils se laissent prendre au piège. J'ai ainsi le souvenir d'une étude parue dans Nature en 1999 montrant que les petits enfants s'endormant avec la lumière allumée étaient souvent plus myopes que les autres. D'où une campagne médiatique pour prévenir des méfaits des veilleuses. N'ayant pu confirmer ce résultat, d'autres scientifiques se sont attaqués autrement au problème et se sont rendus compte, quelques mois plus tard, que c'était dans les familles où les parents étaient myopes que l'on laissait plus volontiers la lumière dans la chambre des enfants. La myopie étant essentiellement héréditaire, la corrélation s'expliquait d'une tout autre manière...

Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur Twitter)