Éphémérides d' Octobre 2004

Pleine Lune le 28 à 03 h 08 (05 h 08 local) Nouvelle Lune le 14 à 02 h 49 TU (04 h 49 local) Le 1er octobre à 12 h 00, nous serons le 2 453 280éme jour du calendrier Julien

Pour les naissances, le soleil passera du signe de la Balance à celui du Scorpion le 23 à 01 h 50 TU (03 h 50 local)

30 septt/1er oct : III Cantli : mois dédié à Sucellos et au hêtre (bagos) ; 13/14 oct : I At Edrini et Uegilia Balani Alanos (fête de la châtaigne) ; 28/29, 29/30 et 31/1 oct/nov : I Samoni : mois dédié à ogmios et à l’if (iuos/eburos): SAMAIN.

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L'effet d'annonce

Le Jim vous évite de lire les 681 études et la méta-analyse... qui ensevelissent la supplémentation en anti-oxydants !

Date de création : 04 octobre 2004

Le stress oxydatif pourrait être par divers mécanismes responsable de cancers en particulier digestifs. De nombreuses études expérimentales ont en effet montré sur des modèles animaux et sur des cellules humaines que ce stress oxydatif pouvait induire des mutations génétiques ou une dérégulation de l’apoptose qui peuvent être des facteurs de carcinogenèse. Ces constations à l’échelle cellulaire sont étayées par des études épidémiologiques ayant montré qu’un régime riche en fruits et en légumes (c’est à dire contenant, entre autres, de grande quantité d’anti-oxydants) était associé à une faible incidence de cancers digestifs.

A partir de ces données, de multiples études ont été lancées dans le monde entier pour démontrer l’intérêt de la supplémentation de l’alimentation avec différents anti-oxydants. Malgré les résultats contradictoires de ces travaux, la vente de ces produits s’est accrue de façon exponentielle au point que l’on estime qu’aux USA, plus de la moitié des femmes de plus de 50 ans prennent des anti-oxydants de façon prolongée.

Le groupe hépato-biliare de la Cohrane Library a donc décidé de soumettre l’intérêt de ces suppléments en anti-oxydants à une métaanalyse rigoureuse.

Un océan de papier pour des centaines de milliers de sujets " traités " 681 références d’études ont été retrouvées dans la littérature médicale. De cet océan de papier, 14 études randomisées de bonne qualité ayant inclus 170 525 sujets ont été extraites. Ces travaux ont alors été littéralement passés à la question et leurs résultats analysés et " compilés " selon les méthodes rigoureuses de la méta-analyse Cochrane.

Les conclusions de Goran Bjelakovic sont simples à retenir. Ni le bêta-carotène, ni les vitamines A, C ou E isolés ou associés entre eux n’ont démontré aucun effet favorable sur la survenue de cancer œsophagien, gastrique, colorectal, pancréatique ou hépatique.

En revanche dans 7 études de qualité regroupant 131 727 sujets, les suppléments en anti-oxydants ont accru la mortalité de façon significative (de 6 % avec un intervalle de confiance entre 2 et 10 % selon un des modes de calcul employé). Parmi les différents produits utilisés le bêta-carotène associé à la vitamine A ou à la vitamine E ont significativement accru la mortalité (de 29 % [IC95 : 14 à 45 %] avec la première association et de 10 % avec la seconde [IC95 : 1 à 20 %]) tandis que pour le bêta-carotène seul, l’augmentation de la mortalité n’était pas significative (+ 5 % avec IC95 entre –1 et + 11 %).

Ces résultats plus que négatifs doivent être rapprochés d’études récentes ayant montré l’absence d’effet favorable du bêta-carotène sur le risque de cancer du poumon et l’augmentation de la mortalité chez les sujets auxquels il est donné dans le but de réduire le risque vasculaire.
Seul le sélénium s’est sorti relativement indemne de cette méta-analyse. Il a montré un effet favorable sur la survenue de cancer gastro-intestinal mais uniquement dans 4 études (dont 3 avaient une méthodologie inadéquate ou peu claire).

Pour les auteurs, rien ne permet donc d’estimer que les anti-oxydants puissent diminuer le risque de cancer digestif. Au contraire ils semblent, par un mécanisme qui reste à élucider (co-carcinogène ?) accroître la mortalité.

Le cas du sélénium mériterait d’être réétudié dans le cadre de grands essais randomisés bien conduits.

Ces 9 pages du Lancet en petits caractères que nous avons résumées pour vous, vous éviteront donc la lecture de 681 études, épargneront le portefeuille de vos patients et permettront peut-être de diminuer leur mortalité. Les auteurs estiment en effet que, si le risque lié à la prise de certaines combinaisons d’anti-oxydants était confirmé, cette habitude de consommation pourrait être à l’origine de 9000 décès par million de personnes concernées !

Dr Anastasia Roublev

Bjelakovic G et coll. : " Antioxidant supplements for prevention of gastrointestinal cancers : a systematic review and meta-analysis." Lancet 2004; 364: 1219-28. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

Je ne suis pas d'accord avec mon confrère, qui devait être très content qu'on assassine les vitamines, pour ne pas se poser quelques questions, par exemple: 681 études, c'est beaucoup, mais si je recherche "vitamin cancer" sur un moteur de recherche étatsunien d'articles médicaux (pubmed), j'obtiens 24583 réponses.

Finalement on trouve 36 fois plus d'articles, donc il y a une sélection drastique des articles, et je veux bien croire qu'il y en ait 3 % qui montrent des effets nul ou perverses des vitamines sur les cancers (même avec une spécification digestive).

La seconde question est sur la méthodologie: vaste sujet, mais peut-on appliquer la même méthodologie pour l'étude d'un anticancéreux (qui a des effets très violents en général, qui peuvent être plus néfastes que le cancer lui-même) et pour des vitamines (qui depuis quelques millénaires se sont montrées plutôt nocives par leur absence, et dont la prétention est plutôt préventive que curative)?

C'est d'ailleurs dans les recherches sur cet intérêt curatif que les résultats négatifs se retrouvent facilement.

2ème article

Morphine, sérum salé ou effet placebo

Date de création : 06 octobre 2004

Des études antérieures montrent que l’injection de sérum salé en intra articulaire est efficace pour calmer la douleur après arthroscopie du genou. Les mêmes résultats sont retrouvés quand on compare morphine 2 mg et sérum salé. Le soulagement lié au sérum salé pourrait être dû au froid ou à la dilution des substances algogènes. Cette étude compare l’efficacité de deux volumes (1 ml versus 10 ml) de sérum salé injecté en intra articulaire après arthroscopie du genou.

Les patients ont été répartis en deux groupes, ceux du premier groupe recevant 10 ml de sérum salé en intra articulaire et les patients de l’autre groupe 1 ml. L’injection intra articulaire a été réalisée au travers d’un cathéter 20 Gauge. L’anesthésie générale a associé propofol, rémifentanyl, protoxyde d’azote et un masque laryngé a été positionné. La douleur a été évaluée à l’aide d’une échelle vocale (de 0 pas de douleur à 4, douleur intolérable). Pour les douleurs d’intensité 2 et 3 sur l’échelle vocale on utilisait une échelle visuelle analogique. L’évaluation a été réalisée 10, 20, 30, 60 et 120 minutes après l’injection des drogues.

90 sujets ont été recrutés pour l’étude. Dix-neuf patients n’ayant pas eu mal, 3 ayant présenté une douleur intolérable et certains ayant finalement refusé de participer à l’étude, les deux groupes ont été constitués de 30 patients. Ces 60 malades ont éprouvé une douleur modérée à sévère. Il n’a pas été noté de différence entre les deux groupes pour le score de douleur. La consommation de drogues analgésiques après une heure a été identique. L’intensité de la douleur a décru en moyenne de 50 à 27 sur une échelle de 0 à 100 mm. L’intensité de la douleur est restée basse pendant les 36 heures d’observation.

Au total, les patients sont également soulagés par 1 ou 10 ml de sérum physiologique. L’effet placebo ne serait donc pas à négliger dans l’interprétation de cette étude.

Dr Pascal Grison

Rosseland LA et coll. : " Moderate to severe pain after knee arthroscopy is relieved by intraarticular saline : a randomized controlled trial." Anesth Analg., 2004 ; 98 : 1546-51. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

On ne pourra pas dire que toutes les études sont au bénéfices des laboratoires!! (mais je ne comprends pourquoi parler d'effet placebo)

3ème article

" Le Vioxx®, retrait mondial sur ordonnances "

Libération, Le Figaro, Le Parisien, La Tribune, Les Echos
Libération aborde sur une page un " coup de tonnerre ". Le quotidien indique en effet qu’" hier, en milieu de journée, la Food and Drug Administration aux Etats-Unis et l'Agence européenne du médicament à Londres reçoivent simultanément un communiqué du groupe pharmaceutique Merck, leur annonçant le retrait mondial, à effet immédiat, de l'un de ses médicaments vedettes, l'anti-inflammatoire Vioxx®, pour cause de risque accru d'accidents cardiaques ".

" Une décision rarissime, touchant une des molécules qui, ces dernières années, avait connu la progression commerciale la plus spectaculaire au monde ", note Libération.

Le journal précise que " chez Merck-France, on se veut "transparent, "sans la moindre ambiguïté". Et on s'explique; ces jours-ci, le laboratoire a reçu les derniers résultats d'une étude multicentrique portant sur 2 600 patients, en prévention de la polypose colique (développement de polypes dans l'intestin). Un groupe, prenant du Vioxx®, a été comparé avec un groupe recevant un placebo ".

Libération cite ainsi un responsable de Merck-France : " A 18 mois, rien, aucune différence dans les effets secondaires. Mais à 34 mois, nous venons d'apprendre qu'il y a une différence, apparemment significative, sur la survenue d'accidents cardiaques, en l'occurrence des infarctus ou des accidents cérébro-vasculaires. On en compte 45 dans le groupe Vioxx® contre 25 dans l'autre groupe ".

Libération rappelle cependant que " la question du risque cardio-vasculaire autour de ces anti-inflammatoires n'est pas totalement nouvelle ", puis se penche sur ces " infortunés patients prenant cette molécule ".

" Dans un communiqué, l'Afssaps leur recommande de "consulter leur médecin pour modifier leur prise en charge thérapeutique". Sans urgence, toutefois, précise l'agence qui rappelle que ce risque de complication reste faible et n'apparaît qu'à long terme. Tous les lots commercialisés vont néanmoins être retirés, et les essais cliniques interrompus ", ajoute le journal.

Libération note par ailleurs que cet épisode est " une catastrophe pour Merck ". Le quotidien indique ainsi qu’" avec le retrait mondial de son anti-inflammatoire, le laboratoire américain voit s'envoler plus de 10 % de son chiffre d'affaires ".

Le Figaro précise quant à lui que " 2 millions de personnes dans le monde consomment ce médicament ", et note qu’" en France, plus de 500 000 personnes ont bénéficié d'un tel traitement depuis sa mise sur le marché en 2001 ".

Le journal revient en outre sur " l'histoire assez édifiante de ces nouveaux anti-inflammatoires, présentés comme une révolution lors de leur lancement ".

Le Parisien constate notamment que " les regards vont maintenant se tourner vers le Celebrex® ", puis livre les propos du Pr Maxime Dougados, chef du service rhumatologie à l’hôpital Cochin, qui déclare : " Malades, ne paniquez pas ! "

La Tribune remarque de son côté que Merck est " touché de plein fouet par le retrait d’un médicament vedette ". Le quotidien parle d’" aubaine pour la concurrence ".

Et Les Echos constatent que " Merck perd 25 milliards de dollars en Bourse après le retrait de [son] médicament ".

Revue de presse rédigée par Laurent Frichet

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L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) vient d’être informée ce jour de l’arrêt mondial de la commercialisation de la spécialité Vioxx® (rofécoxib). Cette mesure a été prise par le laboratoire à la suite d’une analyse des résultats intermédiaires d’un essai clinique ayant mis en évidence un doublement du risque relatif d’événements cardiovasculaires par rapport au placebo. L’Agence recommande à tous les patients traités par Vioxx® de consulter leur médecin afin qu’il modifie leur prise en charge thérapeutique. Selon l’Afssaps, cette démarche ne nécessite pas d’être réalisée dans l’urgence, compte tenu du fait que le risque de complication cardiovasculaire reste cependant faible et n’apparaît qu’à long terme. Vous trouverez toutes les informations sur le rofécoxib et l’étude en cause sur le site de l’Afssaps : www.afssaps.sante.fr

Le celebrex (celecoxib) va être surveiller de près, par les autorités, le laboratoire et surtout les patients.

Ce troisième article nous rappelle le retrait de l'anticholestérolémiant de Bayer, et que même si le vioxx est cent fois moins dangereux que l'aspirine (quelques décès par ans), il faut le retirer du marché, car les "actionnaires" prendraient des risques…

Mais il faut toujours prendre un anti-inflammatoire, plutôt que du cuivre, des antalgiques plutôt que de l'eau distillée, et surtout éviter de prendre un jus d'orange pressée quand on a un cancer; il me semble que le bon sens a disparu derrière des effets d'annonces.