Ephémérides de Juin 2008

Pleine Lune le 18 à 17 h 32 (19 h 32 locale) Nouvelle Lune le 03 à 19 h 24 TU (21 h 24 locale)

Le 1er juin à 12 h 00, nous serons le 2 454 619éme jour du calendrier Julien

Pour les naissances, le soleil passera du signe des Gémeaux à celui du Cancer le 21 à 00 h 00 TU (02 h 00 locale)

31 mai/1er juin : XIV Giamoni 4381; 02/03 juin: Elna Noxs (nuit des prodiges). 16/17 juin : I Simiuisoni 4381 : mois dédié à Taranis, et au bouleau (betua).

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AVANTAGES ET BIENFAITS DU DÉSORDRE

La solidité : une force tranquille

Dans : UN PEU DE DÉSORDRE = BEAUCOUP DE PROFIT(S) E. Abrahamson & D. H. Freedman, Flammarion

  Le désordre est souvent pris pour un signe de faiblesse. Chez une personne, il est supposé traduire un manque de volonté. Et la plupart des entreprises admettent sans peine que le degré d'organisation d'un concurrent est inversement proportionnel à sa vulnérabilité. Le désordre peut pourtant donner des forces, comme l'a bien compris l'école maternelle privée Little Red Wagon PlaySchool (l'école du Petit Wagon rouge). Vous ne remarquerez aucun désordre dans ses locaux si vous vous y promenez un jour de rentrée.

En revanche, vous serez choqués par les murs presque entièrement nus des deux grandes salles de classe. Car c'est une vision étrange, qui doit effrayer bien des parents, qui sème le doute sur l'imagination et l'énergie des professeurs et laisse craindre que les enfants ne soient guère stimulés ni encouragés. Gail Leftin, fondatrice et directrice de l'école, en a vu d'autres. " Lorsque vous accrochez au mur une affiche avec l'alphabet, vous dites plusieurs choses aux enfants, explique-t-elle. Notamment qu'ils sont censés en apprendre les lettres, qui plus est dans l'ordre, et que l'âne de la première lettre - "A comme Ane" - est gris, à supposer que tous les ânes le soient. Vous ne leur dites pas "pourquoi". Pourquoi doivent-ils apprendre l'alphabet ou colorier l'âne en gris ? "

Non que les enfants ne doivent pas apprendre ces choses, précise-t-elle, mais doivent-ils le faire pour la seule raison qu'on a mis une affiche sur le mur ou que la maîtresse le leur a demandé ? " Lorsque les enfants apprennent à partir d'une affiche ou de la leçon de l'enseignant, ils se contentent de suivre la direction indiquée et de mémoriser les faits qui semblent liés à cette affiche ou à cette leçon ", ajoute-t-elle. Le principe fondamental du Petit Wagon rouge est de fournir aux enfants, comme nous allons nous en rendre compte, le moins possible d'apprentissages prédigérés. Il n'y a ni programme ni projets préétablis, encore moins de scénario pré écrit pour le spectacle de fin d'année. Les enfants doivent développer tout cela de leur propre initiative, dans un parcours qui est une sorte de festival du désordre créatif.

L'école se fonde pour cela sur une idée simple. Elle fournit aux groupes d'enfants des matériaux élémentaires - Mme Leftin laisse à leur portée des paniers de bouchons, de pâte à modeler ou de terre, de sable coloré et de plumes, aussi bien que des jouets conventionnels comme les poupées, les voitures et les cubes - et peu de consignes sur ce qu'il leur faut faire avec ces différents objets. Il arrive qu'un enseignant lise aux enfants une histoire pour lancer un thème particulier - la jungle, les voyages dans l'espace ou les dinosaures - qui ne sera pas nécessairement conservé à la fin de l'histoire.

Si les enfants commencent à jouer, l'instituteur ou l'institutrice s'assoit parmi eux et les observe, demandant parfois à l'un ou l'autre de lui expliquer le jeu, répondant aux questions, aidant à certaines réalisations (indiquant comment, par exemple, nouer un fil autour d'un bouchon), notant ce que font et disent les enfants et prenant parfois une photo avec un appareil numérique.

Les enseignants sont généralement surpris par l'orientation de ces activités. Néanmoins, comme chaque enfant voit à quoi sont occupés ses camarades, le projet finit par converger vers un but plus ou moins vague. Un groupe qui collait des cercles sur du papier, par exemple, les associera à des lunettes, qui le mèneront à s'interroger sur la vue, et ce coq-à-l'âne débouchera in fine sur le pourquoi des sens et sur le fonctionnement du corps humain. Un petit garçon tape sur sa poupée avec un cube. Au lieu de le réprimander, la maîtresse manifeste de l'intérêt et l'enfant explique qu'il lui fallait un blessé pour le soigner. Aussitôt, la moitié de la classe improvise un hôpital. Si les enseignants du Petit Wagon rouge n'enseignent pas au sens convenu du terme, ils ne sont pas non plus des observateurs passifs.

Ils savent attendre le moment où ils pourront poser une question qui conduira naturellement à l'apprentissage des nombres, des syllabes ou d'autres concepts de base. Lorsque la maîtresse fait remarquer à une petite fille qu'elle a trois carrés dans son image, elle incite tout le groupe à compter. Lorsque deux enfants finissent de bâtir ensemble une tour, elle peut leur suggérer de fabriquer un panonceau et d'y écrire " Merci de ne pas toucher ". Ici, l'apprentissage est lié à des éléments physiques vers lesquels les enfants ont été spontanément attirés ; c'est la raison pour laquelle ils s'y intéressent plus facilement et le comprennent, dans un contexte où il apparaît utile plus aisément. Ils ont également plus de chances de se souvenir des leçons. Tout le monde sait qu'il est moins aisé de mémoriser les indications données par un passant à qui l'on demande son chemin que de retrouver ce chemin après l'avoir parcouru une première fois. C'est un peu la même chose ici.

Dans les écoles conventionnelles, remarque Mme Leftin, les enseignants dépensent la plupart de leur temps et de leur énergie à capter l'attention des élèves pour des leçons ou des activités structurées de façon très rigide. Elle raconte qu'elle a été invitée à parler de ses méthodes devant les enseignants et les administrateurs d'une autre école, plus grande. Lorsque l'un d'eux a demandé comment ses collègues du Petit Wagon rouge résolvaient les problèmes de discipline, elle a répondu au groupe stupéfait qu'elle était très embarrassée par la question, car son école n'avait jamais été confrontée à ce genre de problème. Effectivement, la discipline est difficile à maintenir si les enfants s'ennuient ou ressentent une frustration, comme c'est souvent le cas lors de leçons ou d'activités préprogrammées. Dans l'école de Gall Leftin, chaque enfant s'intéresse à ce qu'il fait parce que c'est lui qui a choisi de le faire. Ce qui laisse les enseignants libres d'aider les enfants à tirer le meilleur de leurs activités, au lieu de passer leur temps à les maintenir dans un cadre.

Quant aux murs blancs, ils se remplissent rapidement des travaux des enfants et des photos de chacun en pleine action, légendées par les propos que l'enseignant a pris en note. " Les murs deviennent un témoignage du parcours d'apprentissage destiné aux enfants comme aux parents, ajoute Gail Leftin ; ils sont notre programme scolaire, mais nous ne savons pas ce que sera celui-ci avant qu'ils ne soient remplis."

L'approche désordonnée, revendiquant l'absence de programme, du Petit Wagon rouge semble spécialement risquée à une époque où l'administration ne jure plus que par des évaluations de plus en plus standardisées, conduisant à des programmes toujours plus stricts et rigides dès le jardin d'enfants. Mais Gail Leftin a suivi le parcours de ses anciens élèves et a découvert qu'à l'école élémentaire ils se situaient largement au-dessus de la moyenne. Si le Petit Wagon rouge apporte un supplément, nuance-t-elle, c'est au niveau de la créativité et de la confiance en soi. Cette façon désordonnée d'envisager l'enseignement incite à l'audace et distille une solidité intellectuelle à l'épreuve de n'importe quelle classe ou de n'importe quelles conditions d'examen. En revanche, les enfants soumis à des programmes plus précis, notamment orientés vers la réussite aux examens, éprouvent souvent des difficultés avec les exercices créatifs et même avec de nouveaux programmes, quels qu'ils soient. " Ici, les enfants ont un retour très gratifiant sur leurs expériences et leurs créations ; ils portent ensuite cette reconnaissance avec eux, et c'est une aide lorsqu'ils sont confrontés, plus tard, à un programme rigide. "

Les parents semblent approuver. Tandis que la plupart des maternelles privées du quartier recourent à une publicité agressive, Mme Leftin est désormais assurée de remplir son école presque entièrement a, grâce au bouche à oreille, et elle doit même refuser du monde. A mesure que grandit sa réputation, on lui demande d'expliquer ses méthodes. Tout le monde semble d'accord pour dire que nos écoles ont besoin d'une amélioration, mais bien peu auraient pensé que le désordre fût l'ingrédient qui manquait.

Parce que le désordre tend à tisser ensemble, de façon assez lâche, des éléments disparates, les systèmes désordonnés résistent mieux à la destruction, à la panne ou à l'imitation. Les systèmes organisés tendent à circonscrire leurs points forts comme leurs points faibles et sont par conséquent souvent fragiles, aisément contrariés ou perturbés, ou encore copiés.

Quelques exemples supplémentaires

  • Le disparate peut conduire à la solidité : ainsi les corniauds ont-ils une constitution plus solide que les chiens de race, parce que leur patrimoine génétique est plus varié.
  • Le bruit peut également produire de la solidité : les puces informatiques conventionnelles commettent des erreurs lorsqu'elles sont confrontées au bruit sous la forme d'un trop grand nombre d'électrons soumis à un mouvement aléatoire dans leurs circuits, mais les nouveaux ordinateurs quantiques actuellement testés toléreront non seulement le bruit au niveau atomique, mais l'utiliseront pour résoudre les problèmes des millions de fois plus rapidement.
  • Les unités spéciales de nageurs de combat américains (SEALS) comptent sur l'improvisation plutôt que sur la chaîne hiérarchique pour acquérir une solidité opérationnelle qui leur permet d'éviter de se faire capturer lors des infiltrations dangereuses ; ainsi sont-ils prêts à s'adapter aux situations les plus imprévisibles, complexes et instables.