Éphémérides de Mai 2004

Pleine Lune le 04 à 20 h 35 (22 h 35 local) Nouvelle Lune le 19 à 04 h 53 TU (06 h 53 local)

Le 1er mai à 12 h 00, nous serons le 2 453 127éme jour du calendrier Julien

Pour les naissances, le soleil passera du signe du Taureau à celui des Gémeaux le 20 à 17 h 00 TU (19 h 00 local)

30 avril/1er mai : XII at Cuti ; 04/05 mai: I Giamoni : Beltaine (fête du feu de Belos) et mois dédié à Belos, Belenos et Belisama et au chêne (deruos); 19/20 mai: Uegilia Leagieulas (fête de la médecine).

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Les premiers pas de l’homéopathie

Extrait du livre L’avenir de l’homéopathie de Christian BOIRON, Ed Albin Michel 2004, p.31-9

Hahnemann crée à la fois l'allopathie et l'homéopathie

C'est le fondateur de l'homéopathie lui-même, Samuel Hahnemann, qui a conçu ce vocable d'allopathie en contrepoint au concept d'homéopathie*. Il avait même recensé une troisième méthode thérapeutique qu'il appelait antipathie ou oenanthiopathie. Selon Hahnemann, en effet, on pouvait guérir un malade en recourant aux semblables (homéopathie), aux contraires (antipathie) ou à d'autres moyens dérivatifs (allopathie). Le mot " allopathie " est seul resté pour résumer tous les autres moyens thérapeutiques en dehors de la méthode homéopathique.

(Né en Saxe en 1755, Hahnemann a eu une vie extraordinairement mouvementée, en pleine effervescence de la Révolution française et des guerres européennes. Il a fini par s'installer à Paris, où il est mort en 1843. Voir à ce sujet l'excellent livre de Corine Mure et André Giordan, Aux origines de l'homéopathie, Editions Boiron, 2000, dans lequel les auteurs précisent le contexte de la fondation de l'homéopathie et présentent in extenso une nouvelle traduction française, d'une très haute fiabilité, de I'Essai de Hahnemann.)

Le texte fondateur de l'homéopathie, Essai sur un nouveau principe pour connaître les vertus curatives des substances médicinales, date de 1796. Il est passionnant et gagnerait à être mieux connu à l'heure actuelle, même des médecins homéopathes, car il donne vraiment le ton et le fond de l'apport de Hahnemann à la médecine et à la pharmacologie.

A cette époque, la médecine n'avait pas encore beaucoup évolué depuis Hippocrate. On en était toujours à l'âge des saignées et des clystères, les médicaments étaient encore des remèdes " de bonne fame* ", c'est-à-dire connus par leur usage traditionnel chez le malade (" ab usu in morbis ") et non par l'expérimentation, sur l'homme ou sur l'animal, comme ce sera le cas de façon systématique plus d'un siècle plus tard. Hahnemann va ouvrir la voie.

(Que l'on écrit souvent à tort " de bonne femme ", ce qui représente une double erreur. D'une part, cette locution présente un côté méprisant pour les femmes, alors qu'elles sont au contraire souvent plus avisées que les hommes dans ce domaine de la santé. Et, d'autre part, la juste étymologie de " bonne fame " renvoie à la notion concrète de réputation (famé, fameux). Il s'agissait donc de remèdes de bonne réputation, ce qui veut dire encore que l'usage courant avait confirmé leur valeur thérapeutique.)

Lui et quelques autres veulent sortir de cet âge de pierre pharmacologique. Ils sont convaincus que seule l'expérimentation des médicaments sur des individus sains permettra d'en connaître le véritable potentiel. Hahnemann croit que la nature a doté l'humanité des moyens nécessaires pour lutter contre la maladie. Il est déterminé à les trouver. Il parle plusieurs langues, connaît la chimie et la pharmacie et trouve un jour le déclic en traduisant, à la demande d'un éditeur de Leipzig, un traité sur les médicaments (Traité de matière médicale) écrit par un médecin écossais, clinicien réputé, nommé Cullen*.

(" Le Dr William Cullen (1712-1790) est un universitaire d'Édimbourg, chimiste et médecin, considéré comme une autorité internationale dans le domaine de la composition et de l'activité des drogues médicinales " (Max Tétau, Hahnemann, aux confins du génie, Similia, 1997).)

A propos du quinquina, déjà connu à cette époque pour son efficacité dans le traitement de la malaria, Cullen prétend que cette plante agit en fortifiant l'estomac. Or Hahnemann a une expérience personnelle qui lui fait penser l'inverse. Il décide alors de faire l'expérience sur lui-même et de vérifier si le quinquina fortifie l'estomac, ou si, au contraire, il le délabre, ce qu'il aurait tendance à penser. Ce faisant, il découvre une autre réalité : l'écorce de quinquina, absorbée en quantité importante, provoque chez lui des symptômes qui évoquent ceux de la malaria: froideur de l'extrémité des membres, faiblesse générale et somnolence, accélération du rythme cardiaque, anxiété intolérable, tremblements, prostration. Hahnemann écrit alors, en marge du livre de Cullen: " L'écorce de quinquina, qui est utilisée comme remède de la fièvre intermittente [autre nom de la malaria], agit parce qu'elle est capable de produire des symptômes semblables à cette fièvre intermittente chez un homme en bonne santé. "

Il se rappelle alors Hippocrate qui décrivait les deux voies d'action des médicaments: la voie des contraires et celle des semblables. La voie des contraires ayant été largement explorée et exploitée depuis Hippocrate, Hahnemann va tout miser sur l'autre voie, espérant qu'elle sera plus fructueuse. Mais il attendra plus de cinq ans et de nombreuses expérimentations pour publier sa première hypothèse sur l'efficacité de la " méthode homéopathique ".

A ce moment, autour de 1796, il n'est pas encore question de petites doses ; l'homéopathie n'est qu'une méthode d'investigation pharmacologique qui permet d'après Hahnemann de connaître le plus précisément possible l'action profonde des médicaments. Quels sont les médicaments en usage à ce moment? La belladone, la noix vomique, la poudre de lycopode, l'arnica les sels de mercure, d'arsenic, d'antimoine, d'argent, bref, ce sont les médicaments homéopathiques d'aujourd'hui, sous leurs dénominations communes internationales : Belladona, Nux vomica, Mercurius, Arsenicum, Antimonium, Argentum, etc.

L'homéopathie, à ses débuts, n'est pas encore une méthode thérapeutique, ce n'est qu'une méthode pharmacologique destinée à mieux connaître les médicaments et à mieux les prescrire grâce aux indications précieuses fournies par l'expérimentation. Comme si, aujourd'hui, un chercheur venait proposer une façon plus intelligente et plus efficace d'utiliser l'aspirine, les antibiotiques ou les corticoïdes.

 

Les doses infinitésimales

Hahnemann est enthousiaste, sa méthode fonctionne bien, il a seulement des soucis en ce qui concerne les doses.

Utilisant des doses pondérables, il provoque presque systématiquement une aggravation, il va jusqu'à la rechercher, car derrière l'aggravation vient la guérison. Mais tout de même, il tente de limiter les effets désagréables ou même franchement néfastes de sa prescription, et, de façon assez logique, il diminue la dose de ces substances médicamenteuses: un peu de poudre dans une tasse de tisane, puis dans une carafe d'eau. Et il continue à diluer, à déconcentrer ses prescriptions. Il passe alors progressivement à un autre niveau d'action pharmacologique, le niveau des dilutions infinitésimales. Et c'est là que se produit l'incroyable : l'efficacité des médicaments est préservée, voire renforcée par les doses infinitésimales, à condition qu'ils soient prescrits selon la " loi de similitude* ", et l'aggravation induite par les doses pondérables ne se produit plus.

(Le docteur Jacques Jouanny, qui a longtemps enseigné l'homéopathie aux médecins et aux pharmaciens, et a commis de nombreux ouvrages pédagogiques, n'aime pas ce terme de " loi de similitude " auquel je confère, moi, sa valeur historique et non pas scientifique. Ses arguments sont pertinents et je lui ai demandé l'autorisation de citer une de ses lettres:

"Je me suis assez vite opposé à ce vocable, après l'avoir moi-même employé, écrit et enseigné (victime de l'enseignement de mes anciens), parce que je me suis rendu compte qu'il nous mettait en porte à faux. Quand on parle de la loi de gravitation, des lois de Faraday.. pas de problème. C'est systématique. Mais quand on dit que la loi de similitude, c'est le parallélisme d'action entre le pouvoir toxicologique d'une substance et son pouvoir thérapeutique, on exagère : c'est vrai pour certains sels de mercure, les dérivés de l'ergot de seigle, l'aconit, la belladone, et bien d'autres, mais ce n'est pas systématique.

" L'intoxication tabagique provoque des vertiges, des nausées, voire des vomissements, qui ressemblent aux symptômes de la naupathie, laquelle est améliorée ou guérie par des dilutions infinitésimales (épithète plus adéquate qu'homéopathiques, soit dit en passant) de Tabacum; mais elle provoque aussi des cancers pulmonaires qui restent insensibles à ces mêmes dilutions. La pénicilline guérit la syphilis, mais des doses toxiques massives de pénicilline n'ont jamais provoqué de lésions similaires à celles de la syphilis...

" En fait, pour ce que nous appelons "la loi de similitude", il ne s'agit que d'un phénomène biologique global, tel que, dans certaines circonstances, tout se passe comme s'il y avait parallélisme d'action entre les pouvoirs toxicologiques et thérapeutiques. ")

Enthousiasmé, et même quelque peu fasciné par cette découverte, à l'instar du plongeur qui s'aventure chaque fois plus profond dans la mer, Hahnemann explore des niveaux incroyables de dilution. Au centième, puis au millième, au dix millième, au millionième. Il ne s'arrête pas. Il explore. Et les substances médicamenteuses ainsi diluées sont toujours actives. Extraordinaire ! Il est même obligé d'inventer un procédé physico-chimique permettant de réaliser ces dilutions de façon plus pratique et plus rigoureuse. C'est le procédé, dit " hahnemannien ", des dilutions successives. On le trouve toujours décrit et en vigueur dans la plupart des pharmacopées du monde entier pour définir le mode de préparation des médicaments homéopathiques. Cela peut paraître évident aujourd'hui. Ça ne l'était pas hier. Au lieu de mettre une cuillerée de sel de mercure ou de poudre de lycopode dans une tasse d'infusion, puis dans une carafe d'eau, puis dans quoi au fait, une barrique? une baignoire ? Hahnemann établit ce procédé des dilutions successives au centième. Le nombre d'opérations de dilution est inscrit sur les tubes de granules que nous délivrons aujourd'hui. Par exemple 9 CH (abréviation qui correspond à centésimale hahnemannienne) signifie que la substance nommée sur le tube a été diluée neuf fois au centième afin d'obtenir ce nouveau médicament que, dès lors, on va appeler " homéopathique "*.

(En réalité, pour les plantes et certaines souches animales comme les abeilles (Apis mellifera), ce n'est pas la plante elle-même ou l'animal qui est dilué, mais un extrait alcoolique du produit, que l'on appelle " teinture mère ".)

Hahnemann n'était pas un rêveur ni un poète. Certes, il ne connaissait pas le fameux " nombre d'Avogadro* " qui définit aujourd'hui le nombre vertigineux de molécules dans une moléculegramme, mais il était parfaitement conscient de l'incongruité scientifique de ces dilutions. Il les nommait " immatérielles " et il savait qu'elles n'auraient dû avoir aucune action thérapeutique. Aucune action du tout! Elles étaient théoriquement " vides ". Et pourtant... elles étaient efficaces lorsqu'elles étaient prescrites selon la loi de similitude. Et elles le sont toujours.

(Avogadro (1776-1856), physicien et chimiste italien, s'est intéressé au volume des gaz et au nombre de molécules qu'ils contiennent. Il était contemporain de Hahnemann, mais ce n'est que plus d'un siècle plus tard qu'on a découvert les nombres incroyablement élevés qui définissent la quantité de molécules d'une substance dans une molécule-gramme. Hahnemann ne pouvait donc pas connaître ces éléments.)

Pour Hahnemann, comme pour tous les scientifiques aujourd'hui, l'observation doit s'imposer à la théorie. Si la théorie contredit un fait d'observation répété, c'est que la théorie n'est pas au point. C'est d'ailleurs sous l'impact de l'expérience et de l'observation que les théories ou les lois qui expliquent ou qui régissent le fonctionnement de l'univers ont été sans cesse revues, soit elles ont été purement et simplement abandonnées, soit le plus souvent elles ont été perfectionnées pour tenir compte d'une réalité plus complexe qu'on ne le croyait précédemment. Les travaux d'Einstein sur la relativité générale ne remettent pas totalement en cause ceux de Newton sur la gravité, ils les complètent, les nuancent, les enrichissent, les " relativisent ". Hahnemann s'est accroché à ses dilutions infinitésimales car il a observé des milliers de fois, des dizaines de milliers de fois leur efficacité thérapeutique. Et depuis, tous les homéopathes, médecins, pharmaciens, scientifiques, ont été également confrontés à cette incohérence apparente et passablement frustrante. Il faudra bien qu'un jour la théorie explique ces faits.

Mais ce n'est pas encore le cas. Même si deux cents ans d'utilisation des médicaments homéopathiques ont confirmé l'intérêt de cette méthode thérapeutique. Par exemple lors des épidémies de choléra au XIX° siècle où l'homéopathie se forgea une belle réputation*.

(Yves Lequin, professeur d'histoire contemporaine à l'université Lyon-II, a patronné un travail de recherche sur l'enthousiasme et aussi la polémique soulevés par les succès de l'homéopathie durant les épidémies de choléra. Difficile, avec le recul historique, de savoir précisément ce qui s'est passé, mais il n'est pas contestable que l'homéopathie a obtenu à cette occasion de très beaux succès. Pour en savoir plus, voir Lucile Lasveaux, Traitements homéopathiques du choléra dans la France du XIX° siècle, coll. du Caducée, Editions Boiron, 1988.)