EPHEMERIDES D’AVRIL 2000

Pleine Lune le 18 à 17 h 43 TU (19 h 43 local)

Nouvelle Lune le 4 à 18 h 13 TU (20 h 13 local)

Le premier avril à 12 h 00, nous serons le 2 451 636éme jour du calendrier Julien

Pour les naissances, le soleil passera du signe du bélier à celui du taureau le 19 à 18 h 41 TU (20 h 41 local)

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TRANSGENISME , OGM et mondialisation

 

La grande industrie pharmaceutique mondiale est en reconversion, brusquement séduite par le génie génétique appliqué à l'alimentation, n'y échappe pas. Sans doute parce qu'on s'assure une clientèle bien plus large en vendant des aliments et en débordant de la sorte le marché plus étroit des médicaments. Les aliments sont en effet consommés chaque jour, pas les médicaments - du moins pas tous, ni par tout un chacun. Pourquoi ne pas s'approprier simultanément le marché des uns et des autres?

Ici se fait jour l'un des dysfonctionnements majeurs de la " mondialisation de l'économie ": celle-ci laisse en réalité les pays pauvres et non solvables au bord du chemin, dans l'incapacité où elle se trouve de prendre en compte leurs vrais besoins. La grande industrie pharmaceutique n'échappe pas à cette tendance. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, au moins trente nouvelles sources de maladies infectieuses sont apparues en l'espace de vingt ans, dont le virus du sida, le virus Ebola, celui de l'hépatite C. D'autres maladies, telles que le choléra, la diphtérie, le paludisme, la lèpre, la tuberculose, font un retour massif à l'échelle planétaire.

A eux seuls, le paludisme et la tuberculose font encore de 6 à 7 millions de morts par an, soit beaucoup plus qu'il y a deux décennies, et beaucoup plus que le sida... Sans compter la montée des résistances aux antibiotiques qui rend les thérapeutiques par cette voie plus incertaines. Alors qu'on estimait que ces maladies étaient en voie d'éradication, les voici qui se développent de plus belle! On sait d'autre part que, faute de moyens, plus de 70 % de la population mondiale n'a pas la possibilité de recourir aux médicaments modernes et doit s'en remettre aux tradipraticiens et à leurs médecines.

La vérité est que, pour des raisons strictement économiques qui tiennent à la non-solvabilité des malades, la recherche se détourne de ces maladies ou y investit peu, préférant produire des aliments que personne n' a jamais réclamés mais qui représentent des marchés potentiels autrement plus importants.

Insoutenable paradoxe qui met en lumière certaines perversions inhérentes au capitalisme lorsque sa logique est poussée à bout: ici, des milliards d'individus laissés sans soins; là, des milliards de dollars investis dans les " OGM ". Selon des estimations concordantes, les biotechnologies, toutes catégories confondues, devraient générer 33 milliards de francs d'activités nouvelles dans le monde d'ici l'an 2005. Or, comme le souligne Gilles-Éric Séralini, ces activités viseront pour l'essentiel à nourrir le bétail des pays riches, à défaut de remplir le ventre des enfants des pays pauvres. Ici, une alimentation trop carnée ; là-bas, toutes sortes de carences...

Ce qui n'empêche pas ces multinationales d'affirmer sans relâche leur souci de voir

accéder au marché les consommateurs des pays en voie de développement dont elles critiquent ouvertement les pratiques d'autosubsistance. Si l'on se fie au credo de Hoechst et de Monsanto, publié dans le Financial Times du 11 septembre 1997, " de raids financiers en prises de contrôle et de fusion en fusion, le secteur des biotechnologies sera d'ici très peu de temps dans les mains de trois ou quatre multinationales... " Que vaudra alors la voix du paysan isolé prétendant, contre les évidences du marché, vouloir utiliser ses propres semences et tenir tête à ces géants qui auront mis sous leur coupe l'agriculture du monde entier?

Ainsi viendrait à son terme une évolution qui n’aura cessé de se poursuivre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale: l'industrialisation de l'agriculture, avec la réduction concomitante du nombre des agriculteurs et leur dépendance accrue, pour leur matériel, leurs semences, leurs engrais, leurs pesticides, vis-à-vis de quelques grandes firmes spécialisées. Redoutable OPA (Offre publique d'achat), en vérité!

Certes, cette évolution a d'abord porté ses fruits : un agriculteur nourrissait 7 personnes en 1960, mais en nourrissait 30 en 1990, cependant que le budget des ménages consacré à l'alimentation diminuait de plus de moitié. Mais cette tendance lourde, encouragée par la politique agricole commune (PAC), semble avoir épuisé ses bienfaits, car toute médaille a son revers : dégradation et usure des sols, nature non entretenue ou laissée à l'abandon par le déclin des pratiques traditionnelles, pollution des eaux de surface, des nappes souterraines et des aliments par une chimie omniprésente, appauvrissement de la biodiversité, sévère endettement des agriculteurs, lourde hémorragie d'emplois... Est-il raisonnable, dans ces conditions, d'industrialiser davantage encore l'agriculture ? Le nombre d'agriculteurs devrait-il continuer de diminuer, avec tous les préjudices qui en résulteraient pour l'entretien des milieux naturels et des paysages?

Que sera l'ère du transgénisme: celle de la domination à outrance de la nature, à l'encontre des sensibilités écologiques aujourd'hui pourtant si fortes dans l'opinion?

Plantes et aliments transgéniques J.M. PELT Fayard 1998

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