Ephémérides de Janvier 2003

Pleine Lune le 18 à 10 h 49 (11 h 49 local) Nouvelle Lune le 02 à 20 h 24 TU (21 h 24 local)

Le 1er janvier à 12 h 00, nous serons le 2 452 641éme jour du calendrier Julien

Pour les naissances, le soleil passera du Capricorne au Verseau le 20 à 11 h 54 TU (12 h 54 local)

31 décembre/1er janvier XIIII Riuri 4376  mois dédié à Epona et au Gui; 2/3 janvier, I At Riuri: Noxs Runas (nuit du mystère); 17/18 janvier: I Anaganti: Imbolc ("Lustration")

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Une nouvelle génération pacifiste en Amérique

Le mouvement se distingue de celui contre la guerre du Vietnam par sa composition et le recours au Net.

"One, two, three". Une petite fille effeuille une marguerite. Une voix d'homme : "La guerre en Irak. Peut-être se terminera-t-elle rapidement. Mais peut-être pas." S'ensuit un enchaînement d'images guerrières, qui culminent avec un champignon atomique. Conclusion : "C'est peut-être pourquoi une majorité écrasante du peuple américain dit au président Bush... "Laissez faire les inspections."" Diffusé dans les grandes villes américaines, ce spot est un remake d'une vieille pub de 1964 en faveur de l'élection de Lyndon Johnson, sur fond de guerre au Vietnam.
"Libres de protester." Le mouvement pacifiste américain, de plus en plus important, a encore du mal à attirer l'attention des médias et de l'opinion. Ses organisateurs espèrent changer les choses ce week-end : des dizaines de milliers de manifestants sont attendus à Washington et dans les grandes villes américaines. Bush ne les verra pas de sa fenêtre: il a décidé de passer le week-end dans sa résidence de Camp David, à une centaine de kilomètres de la Maison Blanche. Son porte-parole a indiqué vendredi : "Le Président est
heureux du fait que nous sommes une démocratie et que les gens aux Etats-Unis, au contraire de l'Irak, sont libres de protester et d'exprimer leur opinion." Le mouvement des années 60 contre la guerre au Vietnam était nouveau, estudiantin, impressionnant. Celui des années 2000 est tout aussi important, mais moins visible. Il n'est comparable à son aîné ni dans sa structure, ni dans sa population, ni dans son idéologie. Ses militants ne sont pas tous des étudiants blancs de bonne famille : il reflète la diversité des âges, des niveaux sociaux et des couleurs de peau des Américains. On ne brûle pas les drapeaux, on proclame : "Peace is patriotic ("la paix est patriote)." Les messages ne sont pas brouillés par les choix idéologiques de la "contre-culture" : la plupart des militants sont concentrés sur le seul objectif d'empêcher la guerre en Irak. Les slogans poétiques des années 60 sont réécrits dans un langage plus terre à terre. "Faites l'amour, pas la guerre" est devenu platement : "Faites la paix, pas la guerre." Voire (on l'a lu) : "Faites de l'argent, pas la guerre"...


"E-militants". L'outil maître des militants n'est plus la banderole ni la bombe de peinture, mais la souris d'ordinateur et la pétition électronique.


MoveOn.org, l'organisation qui signe le spot de la marguerite, est typique du mouvement. Fondé à San Francisco, c'est un groupe d'"e-militants" créé il y a cinq ans pour organiser, sur le Net, une campagne en faveur de Bill Clinton, qui se débattait alors dans les affres de l'affaire Lewinsky. Cette fois, MoveOn collecte les signatures contre la guerre et lève des fonds pour financer des publicités. Il revendique "600 000 militants en ligne" dans le pays.


La guerre en Irak ne cesse de gonfler sa mail list. Eli Pariser, son jeune directeur (22 ans), a l'impression de vivre un moment historique : "Le mouvement antiguerre est bien plus large qu'il l'était il y a trente ans, estime-t-il. Grâce à l'Internet, nous pouvons toucher des gens qui n'imagineraient jamais aller dans la rue avec un panneau et nous pouvons les impliquer dans cette bataille contre la guerre. Nous voyons des gens sortir du bois par milliers, des Américains moyens qui veulent que la situation irakienne soit réglée pacifiquement."


Le mouvement pacifiste est un "réseau de réseaux". Ainsi, MoveOn appartient à WWW (Win Without War, "la victoire sans la guerre") qui regroupe les "centristes" : on y croise l'Eglise méthodiste unie, le NAACP (Noirs), le Sierra Club (écolos), le Business Leader for Sensible Responsibilities (dirigeants d'entreprise)... Et on trouve sur le spectre idéologique de la paix bien d'autres coalitions, comme United for Peace (très hétérogène) ou bien le très à gauche Answer, ancré dans le combat antimondialisation. Surtout, les militants d'aujourd'hui, à la différence de ceux des années 60, ne pensent pas à leur propre mort. Ils ne risquent pas d'être appelés, la guerre étant désormais l'affaire d'une armée de métier et de réservistes. Pourtant, comme le remarque une porte-parole d'Answer, "le mouvement existe avant même qu'un premier coup de feu ait été tiré, alors que dans les années 60 il avait fallu trois ans de guerre avant que les pacifistes s'organisent".


Pub de businessmen. Eclectique donc, le mouvement antiguerre réunit Eglises, militants de gauche, conservateurs libertariens, hommes d'affaires, personnalités médiatiques... Il y a "les Voix noires pour la paix", les "Soccer Moms for Peace" (1) ou encore "les familles du 11 septembre pour des lendemains pacifiques"... La protestation contre la guerre progresse rapidement au sein des syndicats, où de nombreux ex-militants anti-Vietnam ont fait carrière, bien que la direction de la centrale AFL-CIO, dirigée par le catholique John Sweeney, n'ait pas pris position. Lundi dans le Wall Street Journal est apparue une pleine page de publicité signée par une vingtaine de dirigeants d'entreprise ayant voté pour Bush en 2000. "Soyons clairs, commence le texte, nous avons soutenu la guerre du Golfe. Nous avons soutenu l'intervention en Afghanistan. Nous acceptons la logique d'une guerre juste. Mais, monsieur le Président, votre guerre en Irak n'en est pas une."


Si les intellectuels sont plutôt silencieux (mais en Amérique, "ils n'ont aucun poids", constatait la semaine dernière l'écrivain Elie Wiesel), les stars d'Hollywood sont à la pointe du combat, ce qui suscite l'intérêt des télés. Martin Sheen - le faux président du feuilleton télévisé A la Maison Blanche - et le couple formé par Susan Sarandon et Tim Robbins se dépensent sans compter. Une centaine d'acteurs, parfois très célèbres (Kim Basinger, Matt Damon, Helen Hunt...) ont signé une pétition. Sean Penn a choisi d'aller à Bagdad plutôt qu'aux oscars, ce qui est une véritable exception hollywoodienne ("Jamais je n'irai aux oscars, nous avait-il confié, plutôt me faire couper une couille !"). Robert Redford s'est payé une page entière dans le Los Angeles Times pour prendre position contre l'intervention en Irak... Martin Scorsese n'a pas hésité lui non plus à se déclarer contre une opération militaire.


Opinion changeante. Ces campagnes seront-elles efficaces ? A lire rapidement les sondages, on pourrait en douter. Plus de 60 % des Américains continuent à se déclarer favorables à l'usage de la force. Mais ce soutien est très fragile et pourrait changer à l'approche d'une guerre. "Si on pose la question de base, 68 % des Américains se disent favorables à l'usage de la force. Mais si on ajoute à la question "sans le soutien des principaux alliés", ce chiffre tombe à 26 %", remarque Carroll Doherty, analyste au Pew Research Center. "Les Américains restent jusqu'à présent favorables à la coopération avec l'ONU et aux inspections", estime-t-il.


Des sondages récents, conduits par d'autres instituts, signalent une poussée des opposants à la guerre : ils n'étaient que 20 % l'an dernier, ils seraient passés à 35 % aujourd'hui.


(1) "Soccer moms" ("mamans foot") désigne les mères au foyer, qui passent une bonne partie de leur temps à conduire leurs enfants d'une activité sportive à l'autre.

Par Annette LEVY-WILLARD et Pascal RICHE http://www.liberation.fr/page.php?Article=81951

 

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