Extrait du COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°358) Vendredi 30/08/02

S.O.S.
Qui garde l'eau ? Le singe qui a le gourdin.

Le singe qui n'a pas d'armes meurt de soif. Cette leçon de la préhistoire ouvre le film "Odyssée de l'Espace", en 2001. En ce qui concerne l'Odyssée 2003, le président Bush a annoncé que les dépenses militaires seraient de l'ordre d'un milliard de dollars par jour. L'industrie de l'armement est le seul investissement digne de confiance. Dans le prochain Sommet de la Terre à Johannesburg ou dans n'importe quelle autre conférence internationale, ces arguments-là sont irréfutables.

Les puissances maîtresses de la planète ne peuvent pas raisonner en d'autres termes. Elles ont le pouvoir, un pouvoir génétiquement modifié, un Frankenpower géant qui abaisse la nature : lui seul a le droit d'encrasser l'air que l'on respire et de détruire l'habitat humain ; de qualifier d'erreurs les horreurs qu'il lui inflige, d'écraser tout ce qui contrarierait ses choix, il est sourd aux alarmes et casse tout ce qu'il touche.

Le niveau de la mer monte et les basses terres restent à jamais sous les eaux. Ceci ressemble à une métaphore sur le monde tel qu'il est, mais non...il s'agit d'une photographie du monde tel qu'il sera, d'après les prévisions des scientifiques consultés par les Nations Unies, dans un futur non lointain.

Pendant plus de deux décennies les prédictions des écologistes ne méritaient que plaisanteries ou silence. Or, les scientifiques avaient raison. Et même le président Bush, le 3 juin dernier, a dû admettre, pour la première fois, que l'on allait vers de graves catastrophes naturelles si le réchauffement global continuait de la sorte. C'est comme si le Vatican reconnaissait que Galilée ne s'était pas trompé, conclut le journaliste Bill McKibben. Mais personne n'est parfait car en même temps, Bush annonçait qu'au cours de 18 prochaines années, les Etats Unis allaient augmenter l'émission de gaz polluants de 43% !
Après tout, il préside un pays où il y a le plus grand nombre de machines-qui-bouffent-du-pétrole-en-crachant-du-poison : plus de deux cent millions de voitures et encore heureux que les bébés ne conduisent pas.

La politique énergétique des maîtres du monde est dictée par les affaires terrestres, qui, paraît-il, obéissent aux desseins célestes. Enron, qui a été l'un des principaux conseillers du gouvernement et le principal bailleur de fonds de Bush et de la plupart des sénateurs, décédée à la suite d'une crise de filouterie aiguë, en est un exemple. Le grand chef d'Enron, Kenneth Lay, disait habituellement : "Je crois en Dieu et au marché". Et la devise de celui qui l'a précédé était : "Nous sommes du côté des anges".

En 1695, Luis Alfonso de Carvallo, un moine espagnol écrivait : "La nature est déjà très fatiguée". Que dirait-il maintenant ?


Une grande partie de la géographie espagnole a une allure désertique. La terre s'en va ; et plus vite que l'on ne l'imagine on verra du sable rentrer par les fentes des fenêtres. Il ne reste plus que le 15% du bois méditerranéen. Il y a cent ans à peine, la forêt couvrait la moitié de l'Ethiopie, aujourd'hui c'est un vaste désert. L'Amazonie brésilienne a perdu des forêts équivalentes à la surface de la France. Et bientôt, au rythme actuel, dans l'Amérique Centrale on pourra compter les arbres, toutes proportions gardées, avec les doigts de la main.

Les paysan mexicains abandonnent leur campagne et souvent leur pays à cause de l'érosion, et la dégradation des terres de par le monde signifie plus de fertilisants et de pesticides. D'après l'Organisation Mondiale de la Santé, ces "aides" chimiques tuent trois millions d'agriculteurs par an.

Les forêts sont dévastées, la terre se désertifie, les cours d'eau sont pollués, les calottes glaciaires des pôles et les neiges que l'on croyait éternelles fondent allègrement. Dans beaucoup d'endroits il ne pleut plus et dans beaucoup d'autres des déluges s'abattent sans crier gare. Le climat mondial devient fou.

Le pouvoir hausse les épaules : lorsque cette planète ne soit plus rentable ils iront sur une autre.

Ainsi va le monde, la beauté est belle si on peut la vendre et la justice est juste si on peut l'acheter. La planète est en train d'être assassinée par nos modes de vie, nous sommes paralysés par de machines créées pour accélérer le mouvement et nous errons isolés dans de villes nées pour nous rencontrer.

Eduardo Galeano. Contact pour cet article. journal@attac.org Traduction. Alberto Chavarro. Traducteurs bénévoles coorditrad@attac.org

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