BCG : ses jours sont comptés (Le Figaro)

Le Dr Martine Pérez annonce en effet dans Le Figaro que " la politique de vaccination obligatoire pour les enfants de moins de 6 ans devrait être abandonnée ". La praticienne revient sur le rapport de l’INVS qui " permet d’envisager " cette " remise en question ", puis rappelle que " la politique française est l’une des plus lourdes du monde en matière de BCG, alors qu’il existe encore des controverses à propos de son efficacité ".

Les jours du BCG sont comptés

Un rapport rendu public il y a quelques semaines par l'Institut de veille sanitaire estime que la situation épidémiologique actuelle permet "d'envisager la remise en question de la vaccination généralisée des enfants". Le comité technique des vaccinations devrait se réunir bientôt pour décider la poursuite ou non de la politique vaccinale.

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Dr Martine Pérez
Publié le 13 septembre 2001 Le Figaro
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Après un réveil au début des années 90, la tuberculose est actuellement en voie de lente régression en France, avec 6 674 cas déclarés en 1999 et un taux de décès d'environ 10% (692 décès en 1997).


Cette diminution de la maladie en Europe a commencé en réalité dès le début du XXe siècle (à l'exception d'une reprise au moment des deux guerres mondiales) avant même que la vaccination par le BCG ne soit mise en place. Celle-ci est obligatoire en France depuis 1950 pour tous les enfants avant l'âge de 6 ans, même s'ils sont vaccinés en règle, avant le début de toute vie collective, et revaccinés ultérieurement, en cas de réaction négative aux tests tuberculiniques. La politique française est l'une des plus lourdes du monde en matière de BCG, alors qu'il existe encore des controverses à propos de son efficacité. "Il paraît souhaitable d'étudier sa pertinence, dans le contexte épidémiologique actuel de décroissance de cette maladie", soulignent les experts dans un rapport rendu public en juillet dernier par l'Institut de veille sanitaire-(1).


En Europe, l'Allemagne ne vaccine plus du tout, l'Autriche, la Belgique, la Norvège et la Suisse uniquement les populations à risque (principalement les migrants). Si d'autres pays pratiquent une vaccination généralisée comme la Grande-Bretagne, la France est un des rares pays d'Europe, avec le Portugal, à avoir une politique de revaccination. Aux Etats-Unis, le BCG n'existe pas.


Pourquoi remettre en question la politique de vaccination contre la tuberculose?
On sait que, parmi les personnes souffrant de tuberculose, un certain nombre avait bénéficié de vaccination, voire de revaccination. L'efficacité du BCG est donc loin d'être totale.
En particulier, le vaccin est plus important pour lutter contre la méningite tuberculeuse que contre la forme pulmonaire. Selon une étude publiée dans le Jama en 1994, le BCG permettrait de réduire de 49 % le risque de tuberculose pulmonaire et de 64% le risque de méningite.


Si les études retrouvent des résultats très différents selon les pays, c'est sans doute parce que les différentes souches vaccinales circulant dans le monde n'ont pas toutes la même sensibilité au vaccin.


Outre une efficacité limitée du vaccin et une réduction régulière du nombre de cas de tuberculose, la décision de maintenir ou non la politique vaccinale actuelle doit tenir compte des effets secondaires et des inconvénients du BCG. Les effets secondaires minimes (inflammation au point d'injection) sont fréquents, mais négligeables. Les complications plus importantes sont rares mais gravissimes, comme la BCGite, une infection généralisée due au bacille du BCG - utilisé dans le vaccin vivant mais atténué -, survenant chez les personnes immuno-déprimées le plus souvent. La fréquence serait de l'ordre de un à deux cas par million de vaccinés. "Nous sommes en train d'effectuer une évaluation des risques comparés aux bénéfices, évaluation qui devrait être un élément important pour la décision finale", précise le docteur Daniel Lévy-Bruhl (Invs).


Un certain nombre de pays ne vaccinent pas, notamment les Etats-Unis, car
le fait d'avoir reçu le BCG entraîne une positivation du test tuberculinique qui brouillera le diagnostic de la maladie en cas de tuberculose. Le fait de vacciner contre le BCG rend plus difficile l'identification de l'infection.


"Pour modifier la politique vaccinale, il faut tenir compte de ces éléments et aussi du coût des différents scénarios de vaccination possibles, arrêt total de la vaccination, ou seulement de la revaccination ou encore politique vaccinale ne portant que sur les groupes à risques", ajoute le docteur Lévy-Bruhl. En 1975, la Suède a décidé d'interrompre la vaccination systématique des nouveau-nés. L'incidence de la tuberculose a continué à décroître au même rythme.

Cependant, chez les enfants, une légère augmentation a été observée, notamment chez les enfants étrangers de 0 à 9 ans. Au début des années 80, la vaccination des enfants à risque a été relancée, réduisant à nouveau le nombre de cas. Selon l'Institut de veille sanitaire, la situation de la tuberculose en France peut être comparée à celle qui prévalait en Suède en 1975. La République tchèque a également arrêté la vaccination systématique en 1986 au profit d'une politique sélective vers les enfants à risque. Le nombre de cas a légèrement augmenté.


La Finlande, qui a arrêté toute revaccination en 1990, mais maintenu le BCG chez les enfants, n'a pas observé d'augmentation du nombre de cas durant la dernière décennie.
"Il est pertinent d'envisager aujourd'hui la suppression de la revaccination, écrivent les experts en conclusion de leur rapport
. La remise en question de la vaccination généralisée des enfants peut aussi être envisagée. Cependant, la restriction de la vaccination à des groupes à risque semble constituer un compromis satisfaisant. Mais, dans tous les cas, des analyses supplémentaires seraient utiles au processus décisionnel."


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En Asie, des souches résistent au vaccin
Publié le 13 septembre 2001 Le Figaro
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La plupart des souches de bacille de la tuberculose dans les régions les plus infectées du monde pourraient ne pas être sensibles au BCG. C'est ce que vient de révéler un rapport de chercheurs hollandais présenté lundi, lors d'un congrès de la Société de microbiologie en Grande-Bretagne.


Les recherches en génétique permettent désormais d'identifier différentes souches de bacilles de Koch en fonction de leurs gènes. Ainsi, certaines souches circulant en Asie, et dans les pays de l'ex-Union soviétique, comme celle dite de type "Beiijing", qui joue un rôle majeur dans l'épidémie de tuberculose, seraient plus résistantes que d'autres aux antituberculeux majeurs et échapperaient plus facilement à la protection conférée par le vaccin.


La Communauté européenne a lancé l'an dernier un programme de recherche pour mettre au point de nouveaux vaccins contre la tuberculose. Ce projet coordonné par l'Institut Pasteur fédère 37 laboratoires européens. La production d'un vaccin plus efficace est une nécessité dans les pays en voie de développement.

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